Voici un petit (enfin je viens de relire, pas si petit que ça!) compte rendu de l’AG de ce soir, qui s’est tenu dans le lieu réquisitionné, au 68 rue du Canal. Par faute de temps (et aussi parce que je me suis carapaté avant la fin!), ce compte rendu n’a pas été validé par l’AG, à chacun-e donc d’y apporter modifications, précisions et commentaires!

1) Résumé de la nuit et de la matinée
Deux voitures de la police nationale ont stationné devant l’ancienne halte de jour, le lieu réquisitionné, hier soir une heure après l’ouverture du lieu. Aucun contrôle d’identité a noter des gens entrant ou sortant. Ce matin, la police municipale est également passée, demandant l’identité des occupants, demande non satisfaite. Le chef de la police municipale ainsi que le directeur de la halte de jour sont venus sur les lieux et ont pris des photos. Le directeur s’est dit mécontent de la position dans laquelle cette situation le mettait, étant celui qui devait porter plainte.
Sur le plan matériel, le lieu s’organise. Il y a déjà des matelas, un canapé, une table. L’électricité a été rétabli ainsi qu’une partie de la plomberie. Les WC fonctionnent, les douches sont à réparer.
A apporter: des chauffages, de la vaisselle, chaises, des plaques électriques, seaux, produits d’entretien, balais, de la nourriture non périssable (riz, pâtes…), de quoi consolider la porte…

Point juridique (ce que j’en ai retenu!): La police peut intervenir à tout moment si elle estime qu’il y a eu flagrant délit, et ce pendant 7 jours. Sinon, il faut que le propriétaire porte plainte. Dans ce cas normalement, après pouvoir prouvé (noms sur la porte, envoi de lettre, coupure de presse…) que nous occupons depuis plus de 48h, une procédure juridique est nécessaire (référé…) qui commence par la venue d’un huissier. Mais à Tours, grâce aux bons soins d’un certain huissier, son passage se solde presque toujours par une expulsion sans qu’il y ait de procédure longue en référé.
Autre point: La police municipale peut être autorisée à faire des contrôles d’identités, s’il y a parmi eux un APJ (agent de police judiciaire). De la même façon que pour la police nationale, ne pas hésiter à demander dans quel cadre se fait ce contrôle pour vérifier sa légalité.

2) Commission CADA
Il y a toujours besoin de monde au CADA de Joué les Tours. Vendredi matin, il y a encore eu une opération policière (quelques 30 flics avec fourgons et tout le tintouin) visant une famille déboutée, opération qui n’a pas abouti. Les personnes du CADA restent très inquiètes étant donné le harcèlement qu’elles subissent. Les policiers ont précisé aux professionnels que ce harcèlement s’intensifierait la semaine à venir.

3) Fonctionnement du lieu
proposition de mettre en place des règles de vie. Beaucoup d’intervenant-e-s ont défendus l’idée que ces règles devaient se construire au fur à mesure de la pratique, non en amont. Seule décision actée et sauf erreur de ma part: lieu non fumeur pour pouvoir accueillir tout le monde (enfants, asthmatiques…) mais une petite salle, le fumoir, est à disposition des fumeurs pour qu’ils n’attrapent pas froid.

4) Commission familles
Les familles sont à aller chercher demain à 15h à Chrétiens Migrants afin de faire une réunion avec elles, qu’elles puissent chacune et en connaissance de cause décider de son positionnement par rapport à ce nouveau lieu.

Tout le reste de l’AG a été un débat riche (n’ayons pas peur des formulations pompeuses!) sur l’usage et l’organisation de ce lieu. Voici quelques (là encore, appel aux bonnes volontés pour compléter) arguments, contradictoires ou non, pêle-mêle. C’est un peu comme ça qu’ils sont arrivés dans l’AG, étant donné la nécessité de débroussailler et clarifier les choses en fonction de cette nouvelle situation de lutte.
– Il ne faut pas que ce lieu se transforme en une nouvelle Halte de jour qui fonctionnerait sur le bénévolat des militants et pallierait aux refus des pouvoirs publics d’assumer leur responsabilité.
– La réquisition est un acte politique en soi, le lieu doit permettre l’organisation de la lutte profonde inscrite dans le nom du mouvement, pour un logement et des papiers pour tous.
– La réquisition doit permettre de loger décemment les familles à la rue et leur permettre, si elles le souhaitent, de refuser le système du 115 qui les laissent dehors une fois sur deux ou leur propose des solutions qui n’en sont pas (matelas dans une salle à manger, bus de nuit ou tout simplement une précarisation organisée du fait même du fonctionnement du 115)
– L’hébergement et la vie dans le lieu doit permettre de construire un collectif de lutte avec les migrants, d’où la nécessité d’un hébergement relativement durable.
– L’hébergement ne doit pas être une finalité du lieu, seulement un solution de dernier recours et temporaire. Il ne faut pas s’installer dans de l’hébergement trop durable pour ne pas s’empêcher de faire d’autres actions qui visent à reprendre le rapport de force avec les pouvoirs publics.

Malgré ma présentation caricaturale, partiale et partielle, les participant-e-s étaient plutôt d’accord sur une idée minimale. Comme annonçait dans le tract d’appel de la manif du 17, le lieu sert à construire la lutte pour un logement et des papiers pour tous. Il permet également de loger des personnes sans abris, quand il n’y a pas d’autres solutions, y compris des personnes qui ne souhaitent plus faire le 115 car elles rejettent ce fonctionnement ou qui refusent certaines de leur « offre » (bus de nuit ou autre). Dans la même veine, le mouvement revendique un hébergement d’urgence qui ne soit pas une simple mise à l’abri pour la nuit dans n’importe quelles conditions.

Cette base minimale laisse de nombreux points en suspens (qui est accueilli, comment, combien…), qui trouveront des débuts de réponses dans la pratique. De même de nombreuses questions ont été soulevées lors de cette AG mais n’ont pas pu être solutionnées (si tant est qu’elles puissent ou doivent l’être): doit-on demander à rencontrer les gens de la Mairie? Quel propriétaire doit être sollicité si il est décidé de le rencontrer? Comment réagir en cas d’expulsion? Quelles activités peuvent trouver leur place dans le lieu? …

Pour la dernière question, il est d’ores et déjà prévu de faire une projection-débat autour du film « Comme un oiseau dans un aquarium » qui relate les luttes angevines autour des migrants et de la réquisition. Un débat doit également être organisé autour de la question de la revendication du mouvement « des logements et des papiers pour tous », pour mettre un temps de réflexion collective dans ce mouvement guidé si souvent par l’urgence.

Pour toutes les autres questions, y compris celles qui ne sont pas encore posées, rendez-vous mardi à 18h au 68 rue du Canal pour la prochaine Assemblée Générale!

Et dès demain à 18h, le lieu accueillera la deuxième réunion des travailleurs sociaux et travailleur sociaux en formation.

Sans oublier la projection susmentionnée de « comme un oiseau dans un aquarium » sans doute aux environs de 21h.

Et moi je vais me coucher, car quand j’utilise des mots comme « susmentionné » c’est que je suis fatigué!

N’hésitez pas à passer au 68, c’est ouvert!

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